vtopia

Vtopia Lab · Recherche & développement · Projet Végé+

Végé+ : concevoir une ferme capable de produire localement une alimentation végétale complète

Végé+ est un projet de recherche appliquée visant à concevoir un modèle agricole capable de produire localement une alimentation végétale complète, selon un système entièrement végétalien.

Le modèle est conçu sans élevage, sans utilisation d'animaux et sans fertilisation d'origine animale. La fertilisation repose principalement sur des ressources végétales produites ou mobilisables par le système agricole, notamment l'herbe fauchée et la biomasse végétale.

L'objectif est de relier dans un même système la production alimentaire, la fertilité du sol, l'agroforesterie, la biodiversité, la transformation alimentaire et la commercialisation locale.

~500 m² cultures alimentaires par adulte
~1 000 m² SAU brute par adulte
~10 adultes nourris par hectare
~24,5 t de produits alimentaires/an pour 10 familles

En bref

Question de recherche : quelle surface agricole faut-il pour produire localement une alimentation végétale complète et comment organiser cette surface pour maintenir simultanément production alimentaire, fertilité du sol et fonctions écologiques ?

Méthode : partir des besoins alimentaires humains, les traduire en recettes locales et saisonnières, déterminer les quantités nécessaires, puis construire le plan de culture correspondant.

Statut : première modélisation et preuve de concept. Le modèle reste à tester et à mesurer à plus grande échelle.

1. Une démarche inversée : partir de l'alimentation pour concevoir la ferme

La méthodologie Végé+ consiste à partir des besoins nutritionnels humains pour construire progressivement le système agricole.

  1. déterminer les besoins alimentaires ;
  2. identifier les catégories d'aliments nécessaires ;
  3. transformer ces besoins en recettes locales et saisonnières ;
  4. calculer les quantités annuelles nécessaires ;
  5. identifier les cultures permettant de produire ces quantités ;
  6. calculer les surfaces nécessaires ;
  7. intégrer les rotations et les contraintes agronomiques ;
  8. intégrer la transformation et la commercialisation.

Le rapport décrit explicitement cette méthodologie comme une démarche allant des besoins nutritionnels aux recettes, puis au plan de culture. :contentReference[oaicite:2]{index=2}

2. Une alimentation végétale complète

Le modèle prend comme référence un adulte de 73 kg et cherche à construire une alimentation végétale complète à partir de productions pouvant être obtenues localement.

Élément Référence du modèle
Poids de référence 73 kg
Besoin énergétique annuel environ 876 000 kcal
Besoin énergétique quotidien environ 2 400 kcal/jour

3. De 608,3 m² à environ 500 m² de cultures alimentaires par adulte

Une première optimisation du plan alimentaire aboutit à environ 608,3 m² de surface de culture par adulte.

Le passage à l'ordre de grandeur de 500 m² par adulte est lié à l'intégration des productions arborées dans le système d'agroforesterie.

L'agroforesterie doit ici être comprise comme une production agricole utilisant simultanément plusieurs étages de végétation. Les arbres et les cultures situées sous leur couvert occupent une même emprise agricole générale.

Les arbres ne doivent donc pas être ajoutés comme une surface agricole équivalente supplémentaire.

Leur emprise au sol est en grande partie déjà comprise dans la surface agricole de la strate cultivée sous-jacente. Le système exploite ainsi deux étages de production : une strate arborée et une strate herbacée ou cultivée.

Le passage de 608,3 m² à environ 500 m² constitue donc une hypothèse de conception du système agroforestier, et non une mesure expérimentale définitive.

4. Pourquoi environ 1 000 m² de surface agricole brute par adulte ?

Il faut distinguer la surface des champs produisant directement l'alimentation de la surface agricole brute nécessaire au fonctionnement du système.

500 m² de champs cultivés / adulte
↓
environ 1 000 m² de SAU brute / adulte

En première approximation, la fertilisation repose en grande partie sur l'épandage de biomasse herbacée fauchée.

Cela signifie qu'une partie importante de la SAU doit être consacrée à la production de cette biomasse. Le modèle considère ainsi, en première approximation, que la moitié de la SAU est consacrée aux cultures alimentaires et l'autre moitié à la production d'herbe et de biomasse fertilisante.

Prairie → herbe → fauche → biomasse végétale → fertilisation → cultures alimentaires
Composante Ordre de grandeur
Cultures alimentaires ~500 m²/adulte
Production de biomasse fertilisante ~500 m²/adulte
SAU brute ~1 000 m²/adulte
Densité théorique ~10 adultes/ha

5. Une agriculture végétale qui produit elle-même sa fertilité

L'une des caractéristiques centrales du modèle est de ne pas considérer l'élevage comme l'intermédiaire nécessaire entre la prairie et la fertilisation.

L'herbe peut être considérée directement comme une production fertilisante.

Sol → herbe → fauche → biomasse végétale → fertilisation → cultures → alimentation humaine → résidus végétaux → sol

Le modèle expérimental développé à Vtopia utilise également le foin et le BRF comme ressources organiques. Le rapport décrit des observations d'amélioration du sol et de production avec ces pratiques, tout en indiquant que le modèle doit encore être approfondi. :contentReference[oaicite:3]{index=3}

6. Une ferme alimentaire complète

Végé+ ne cherche pas uniquement à produire des légumes. Le modèle associe différentes catégories de productions afin de couvrir les besoins alimentaires humains.

Cultures annuelles + maraîchage + légumineuses + oléagineux + tubercules + agroforesterie + champignons + biomasse fertilisante + transformation alimentaire.

Cette diversification permet de construire un système alimentaire plutôt qu'une simple exploitation spécialisée dans une catégorie de production.

7. Le modèle appliqué à Vtopia

Le projet Végé+ utilise le site de Vtopia comme terrain d'expérimentation et de projection.

L'objectif est de modéliser une alimentation complète pour 10 familles, soit environ 25 adultes, à partir d'une combinaison de productions agricoles et de transformations alimentaires.

Le plan comprend notamment des légumes, pommes de terre, céréales, lentilles, soja, oléagineux, fruits, fruits à coque, champignons et autres productions complémentaires.

8. Exemples de productions prévues dans le modèle

Production Production annuelle modélisée
Pommes de terre 1 141 kg
Lentilles 430 kg
Tofu issu du soja 580 kg
Orties 756 kg
Flocons d'avoine 548 kg
Pain de froment 750 kg
Quinoa 469 kg
Huile de colza 89 kg
Huile de tournesol 90 kg
Jus de pomme 3 650 kg
Champignons 1 408 kg

9. Une production alimentaire d'environ 24,5 tonnes

24 543 kg production alimentaire modélisée
10 familles population de référence
25 adultes ordre de grandeur de la population étudiée
~1 ha ordre de grandeur pour 10 adultes selon l'hypothèse de SAU brute

10. Une première hypothèse économique

Le rapport explore également la valorisation économique de la production par différents circuits de commercialisation.

Circuit CA annuel HTVA modélisé
Vente aux commerces 24 010,89 €
Magasin de la ferme 34 301,27 €
Vente via HelloFresh vegan 25 725,95 €
Restaurant / table d'hôtes / traiteur 24 347,78 €
Total 108 385,88 € HTVA

Ces chiffres sont des hypothèses de valorisation économique issues du scénario de commercialisation du rapport et ne doivent pas être présentés comme un chiffre d'affaires effectivement réalisé. :contentReference[oaicite:4]{index=4}

11. Ce que le projet a déjà permis d'observer

Les expérimentations réalisées à Vtopia depuis 2020 ont notamment porté sur l'amélioration du sol, la production végétale, l'agroforesterie, le BRF, l'utilisation du foin et la mise en place d'habitats favorables aux auxiliaires.

Le rapport décrit des observations encourageantes concernant la structure du sol, les productions et la biodiversité, tout en identifiant également des difficultés liées notamment au salissement des parcelles et à la viabilité économique. :contentReference[oaicite:5]{index=5}

12. Ce qui reste à démontrer

Végé+ est un modèle expérimental. Ses projections ne doivent pas être confondues avec des résultats définitivement démontrés.

Le rapport indique notamment que la durée et le budget de la mission n'ont pas permis de tester certaines composantes importantes du système : transformation boulangère, production de tofu, production de champignons et grandes cultures. :contentReference[oaicite:6]{index=6}

Les prochaines recherches devront notamment mesurer :

  • les rendements réels des grandes cultures ;
  • les flux de biomasse fertilisante ;
  • les bilans d'azote, phosphore et potassium ;
  • la fertilité des sols sur plusieurs années ;
  • les besoins en travail ;
  • les coûts de production ;
  • le chiffre d'affaires réellement obtenu ;
  • la marge par hectare ;
  • la biodiversité ;
  • le bilan carbone ;
  • la reproductibilité du système sur d'autres fermes.

13. Les prochaines étapes de recherche

Grandes cultures

Tester les céréales, légumineuses et oléagineux à l'échelle nécessaire au fonctionnement complet du système.

Fertilisation végétale

Mesurer précisément les quantités de biomasse nécessaires et les flux d'éléments nutritifs associés.

Transformation

Tester la transformation du blé en farine et pain, du soja en tofu, ainsi que les autres productions permettant d'augmenter la valeur alimentaire et économique.

Agroforesterie

Mesurer la contribution réelle des arbres à la production alimentaire par unité de surface.

Économie

Passer d'un modèle théorique de valorisation à des données comptables mesurées sur une ferme fonctionnelle.

14. Végé+ comme modèle de ferme reproductible

L'ambition de Végé+ dépasse la création d'un simple plan de culture.

L'objectif est de construire une unité agricole complète et reproductible, capable d'associer production alimentaire, fertilité du sol, transformation, emploi agricole et commercialisation.

Peut-on concevoir une exploitation agricole qui produise une alimentation végétale complète, crée davantage de valeur par hectare et maintienne ou améliore les fonctions écologiques du sol, sans élevage ?

C'est cette question que Vtopia cherche à transformer en protocole expérimental, puis en modèle agricole reproductible.

15. Conclusion

Le projet Végé+ propose une manière différente de concevoir l'agriculture : partir de l'alimentation humaine pour déterminer les cultures, les surfaces, les rotations, les flux de biomasse et les transformations nécessaires.

La première modélisation aboutit à un ordre de grandeur de 500 à 600 m² de cultures par adulte, avec une estimation plus large d'environ 1 000 m² de SAU brute par adulte lorsque l'on intègre la surface nécessaire à la production de biomasse fertilisante.

Le rapport conclut que le modèle constitue une perspective concrète, mais encore expérimentale, et appelle à une phase de recherche et développement plus longue pour en mesurer précisément les performances. :contentReference[oaicite:7]{index=7}

Télécharger le rapport complet Végé+

Rapport du Projet Végé+
Mise au point d'un plan de culture d'agriculture végétalienne sur sol vivant orienté circuit court.

B. Noël — Jardinier du Monde AISBL — 2024

Télécharger le rapport PDF

FAQ — Projet Végé+

Qu'est-ce que le projet Végé+ ?

Végé+ est un projet de recherche appliquée visant à concevoir un système agricole capable de produire localement une alimentation végétale complète, sans élevage et avec une fertilisation fondée principalement sur la biomasse végétale.

Combien de surface agricole faut-il pour nourrir un adulte ?

Le modèle distingue environ 500 m² de cultures alimentaires par adulte et environ 1 000 m² de SAU brute par adulte lorsque l'on intègre la surface destinée à produire la biomasse fertilisante.

Pourquoi 608,3 m² deviennent-ils environ 500 m² ?

Le passage à environ 500 m² est lié à l'intégration des arbres dans le système agroforestier. Les arbres et les cultures sous-jacentes occupent une même emprise agricole et produisent sur deux étages de végétation.

Pourquoi faut-il environ 1 000 m² de SAU brute par adulte ?

En première approximation, environ la moitié de la SAU est consacrée aux cultures alimentaires et l'autre moitié à la production d'herbe et de biomasse végétale utilisée pour fertiliser les cultures.

Le modèle Végé+ utilise-t-il des animaux ?

Non. Le modèle est conçu comme une agriculture végétalienne, sans élevage et sans fertilisation d'origine animale.

Le modèle Végé+ est-il déjà validé expérimentalement ?

Non. Il s'agit d'une première modélisation et d'une preuve de concept. Plusieurs composantes doivent encore être testées et mesurées à plus grande échelle.

Quelle production alimentaire le modèle prévoit-il ?

Le modèle étudié prévoit environ 24,5 tonnes de produits alimentaires par an pour les 10 familles de référence.

Quel chiffre d'affaires le modèle prévoit-il ?

Le scénario économique présenté dans le rapport aboutit à environ 108 386 € HTVA de valorisation annuelle. Il s'agit d'une projection économique et non d'un chiffre d'affaires effectivement réalisé.

Document source : B. Noël — Jardinier du Monde AISBL, 2024, Rapport du Projet Végé+ — Mise au point d'un plan de culture d'agriculture végétalienne sur sol vivant orienté circuit court.