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Végétaliser l’alimentation et l’agriculture : un cap écologique, une transition pour les agriculteurs

La végétalisation de l’alimentation et du système agricole est un levier majeur pour réduire les impacts environnementaux de notre alimentation. En Belgique, une étude scientifique publiée en 2026 montre que les scénarios de transition associent une diminution importante de la production animale et une évolution des régimes alimentaires.

En d’autres mots, les limites planétaires imposent de réduire la place de l’élevage dans notre système alimentaire. Le défi n’est toutefois pas d’opposer éleveurs et producteurs végétaux, mais de construire une transition qui diminue les impacts écologiques tout en permettant aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail. Le véganisme pragmatique, le plaidoyer WALVEG et les recherches menées par Vtopia ouvrent des pistes complémentaires pour y parvenir.

1. Pourquoi faut-il réduire l’élevage ?

Le système alimentaire contribue au changement climatique, à l’érosion de la biodiversité, aux perturbations des cycles de l’azote et du phosphore et à la pression exercée sur les sols et l’eau. Ces impacts s’inscrivent dans un contexte où plusieurs limites planétaires sont déjà dépassées.

L’élevage participe à ces pressions par ses émissions directes, l’occupation des terres, la production d’aliments pour animaux et les conséquences de certaines pratiques d’élevage intensif. Il faut aussi tenir compte des différences entre systèmes : une prairie permanente riche en biodiversité ne remplit pas les mêmes fonctions qu’une culture destinée à produire des aliments concentrés pour animaux.

Mais ces différences ne suppriment pas la nécessité de réduire globalement la dépendance alimentaire à l’élevage. Une partie des terres actuellement consacrées aux aliments pour animaux pourrait, lorsque les conditions agronomiques le permettent, produire directement des aliments végétaux pour les humains ou contribuer à la restauration des écosystèmes.

Que montrent les scénarios belges à l’horizon 2050 ?

Une étude publiée en 2026 dans npj Sustainable Agriculture compare plusieurs trajectoires possibles pour l’élevage belge :

  • La production de viande diminue de 10 % à 84 %, selon le scénario.
  • Les émissions de gaz à effet de serre diminuent de 11 % à 54 %.
  • La demande en aliments concentrés pour animaux peut diminuer jusqu’à 79 % dans le scénario le plus ambitieux.

Ces chiffres sont des résultats de modélisation, et non des prévisions certaines. Ils montrent cependant l’ampleur des transformations possibles et les arbitrages à organiser entre climat, biodiversité, production alimentaire, emploi et revenus agricoles.

Vtopia propose de viser une réduction d’au moins 50 % de la production et de la consommation de viande d’ici 2050, tout en réduisant progressivement la dépendance aux autres produits animaux. Ce chiffre constitue un cap politique proposé par Vtopia, et non une recommandation officielle des auteurs de l’étude.

L’enjeu est de réduire les pressions écologiques sans déplacer les impacts vers d’autres pays ni fragiliser davantage celles et ceux qui produisent notre alimentation.

Source scientifique : Riera et al. (2026), « Narratives, trade-offs and scenarios to explore the livestock transition in Belgium ».

2. Le véganisme pragmatique : organiser la transition sans opposer les agriculteurs

Face à cette nécessité écologique, le véganisme pragmatique propose une direction : développer des systèmes alimentaires qui réduisent autant que possible l’exploitation des animaux, tout en tenant compte des contraintes agronomiques, économiques et sociales de la transition.

Le véganisme ne doit pas nécessairement être compris comme une injonction à transformer instantanément toutes les pratiques individuelles et toutes les exploitations. Il peut aussi constituer une direction qui guide les décisions, les innovations et les politiques publiques.

La définition contemporaine de la Vegan Society décrit le véganisme comme une philosophie et un mode de vie qui cherchent à exclure, autant que possible et dans la mesure du réalisable, l’exploitation des animaux et la cruauté envers eux.

Donald Watson, le concepteur du véganisme, a notamment défendu en 1948 le droit de chacun à juger comment répondre aux difficultés concrètes rencontrées dans la mise en pratique du mouvement.

Cette idée est essentielle pour un véganisme pragmatique : conserver un cap cohérent tout en tenant compte des contraintes réelles, des possibilités d’action et des situations de transition.

Il ne s’agit ni d’exiger que toutes les fermes se transforment du jour au lendemain, ni de considérer les éleveurs comme des adversaires. Il s’agit de créer des alternatives concrètes et économiquement viables.

Cette approche repose sur trois voies complémentaires :

  1. Développer des fermes végétaliennes, capables de produire une alimentation diversifiée sans élevage ni fertilisants d’origine animale.
  2. Faire évoluer les élevages existants, notamment par la réduction progressive des cheptels, la diminution des aliments importés et la diversification des productions.
  3. Développer les cultures végétales destinées directement à l’alimentation humaine, afin de créer de nouveaux débouchés et de nouvelles sources de revenus agricoles.

La question économique est centrale. Réduire le nombre d’animaux sans offrir d’autres perspectives peut diminuer le revenu d’une exploitation. La transition doit donc développer des activités rémunératrices : cultures alimentaires, transformation à la ferme, commercialisation locale, diversification et coopération entre producteurs.

L’objectif n’est pas seulement de produire moins d’animaux. Il est de permettre aux agriculteurs de créer davantage de valeur à partir de productions compatibles avec les limites écologiques.

Pour en savoir plus : histoire et définition contemporaine du véganisme — The Vegan Society.

3. Le plaidoyer WALVEG : des propositions compatibles avec l’agriculture paysanne

Publié en 2024, le plaidoyer WALVEG, La végétalisation de l’assiette wallonne et de son mode de production, défend une transformation conjointe de l’alimentation et de l’agriculture.

Ses propositions ne se limitent pas à promouvoir une alimentation végétale. Elles portent aussi sur l’autonomie des fermes, la taille des élevages, la réduction des aliments importés, les alternatives végétales aux fertilisants animaux et l’accompagnement des agriculteurs vers d’autres productions.

Les principales propositions du plaidoyer

Faire évoluer l’alimentation

  • Développer les repas végétaux dans la restauration collective.
  • Diversifier les aliments végétaux disponibles localement.
  • Soutenir les filières régionales de légumes, céréales, légumineuses et oléagineux.

Développer une agriculture végétale autonome

  • Soutenir la recherche sur les méthodes agroécologiques sans intrants d’origine animale.
  • Expérimenter des alternatives végétales aux fumiers, notamment par les couverts, les prairies de fauche et l’agroforesterie.
  • Développer des fermes pilotes et documenter leurs résultats agronomiques et économiques.

Réorienter progressivement l’élevage

  • Réduire la dépendance aux aliments concentrés et aux protéines importées.
  • Favoriser l’autonomie alimentaire des exploitations qui maintiennent des animaux.
  • Réduire progressivement les cheptels et les productions animales destinées à l’exportation.
  • Permettre la diversification de fermes d’élevage vers des cultures destinées à l’alimentation humaine.
  • Accompagner les agriculteurs qui souhaitent transformer leur système de production.

Une convergence avec les revendications de l’agriculture paysanne

Ces propositions rejoignent plusieurs revendications centrales des organisations de l’agriculture paysanne, notamment celles défendues par la FUGEA : autonomie des fermes, réduction des dépendances aux intrants et aux marchés agro-industriels, relocalisation de la production, maintien de fermes à taille humaine, création de valeur ajoutée et revenu agricole digne.

Cette convergence est importante. La végétalisation de l’agriculture ne doit pas être présentée comme un projet extérieur au monde paysan, mais comme une possibilité de faire avancer des objectifs partagés : préserver les ressources naturelles, renforcer l’autonomie des producteurs et leur permettre de vivre de leur métier.

Cela ne signifie pas que toutes les organisations agricoles soutiennent toutes les propositions de WALVEG. Cela signifie que plusieurs de ses orientations peuvent s’articuler avec des revendications paysannes déjà existantes.

Sources : plaidoyer WALVEG (2024) ; FUGEA, autonomie et environnement ; charte et mouvement paysan.

4. Vtopia : transformer cette orientation en solutions agronomiques et économiques

Vtopia travaille au développement d’une agriculture végétalienne sur sol vivant : un système sans élevage, sans fertilisants d’origine animale et sans engrais chimiques de synthèse, qui cherche à maintenir la fertilité des sols grâce aux ressources végétales et au fonctionnement de l’écosystème cultivé.

Son principe agronomique est de faire pousser des plantes avec l’aide d’autres plantes : prairies de fauche, couverts végétaux, rotations, résidus de culture, arbres et activité biologique du sol.

Mais la transition ne peut réussir uniquement sur le plan agronomique. Il faut aussi construire un modèle économique capable de rémunérer le travail agricole.

Les recherches et développements de Vtopia portent sur plusieurs questions

  • Quels aliments produire ? Partir des besoins alimentaires humains pour développer une gamme végétale diversifiée.
  • Quelles surfaces et quelles rotations ? Relier les cultures, les rendements, les sols et les besoins de fertilité.
  • Comment fertiliser sans élevage ? Développer des stratégies reposant sur les biomasses végétales, les couverts, les prairies de fauche et l’agroforesterie.
  • Comment créer de la valeur ? Associer production, stockage, transformation et commercialisation.
  • Comment augmenter les revenus agricoles ? Développer des produits transformés, des circuits de proximité, des débouchés réguliers et des modèles reproductibles.

Vtopia cherche ainsi à relier les besoins alimentaires aux choix agronomiques et économiques : besoins, recettes, quantités, cultures, surfaces, rotations, fertilité, transformation et commercialisation.

Le projet Vtopia Lab vise à tester, documenter et diffuser ces solutions. Leur reproductibilité et leur rentabilité doivent être évaluées sur le terrain ; elles ne peuvent pas être présumées acquises.

Pourquoi cette recherche concerne aussi les fermes d’élevage

Les innovations développées par Vtopia peuvent intéresser des exploitations qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas supprimer immédiatement leur élevage.

Une ferme peut, par exemple, consacrer une partie de ses terres à des légumineuses que l’on ne cultive habituellement pas chez-nous, ou encore utiliser les systèmes de fertilisation végétaliens sur une partie des champs.

La transition devient alors une possibilité de diversification économique, et pas uniquement une contrainte environnementale.

5. Construire des revenus agricoles compatibles avec les limites planétaires

La transition ne peut pas dépendre uniquement de nouvelles aides publiques. Les politiques publiques peuvent jouer un rôle, mais les agriculteurs ont aussi besoin de modèles économiques capables de fonctionner durablement : produits recherchés, prix rémunérateurs, transformation maîtrisée, débouchés diversifiés et réduction des dépendances coûteuses.

Cela suppose de ne pas confondre volume produit et revenu. Une exploitation peut créer davantage de valeur en transformant et en commercialisant localement une partie de sa production, plutôt qu’en cherchant uniquement à augmenter les volumes d’une matière première standardisée.

Le défi est de développer des systèmes qui combinent :

  • une réduction réelle des impacts environnementaux ;
  • une alimentation végétale diversifiée et accessible ;
  • une autonomie agronomique accrue ;
  • une création de valeur à l’échelle des fermes et des territoires ;
  • des revenus permettant aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail.

Conclusion

La réduction de l’élevage est une nécessité écologique ; la réussite de cette transition dépend de la capacité à développer d’autres productions et d’autres revenus agricoles.

Le véganisme pragmatique permet de tenir ensemble ces deux exigences. Le plaidoyer WALVEG formule des propositions concrètes pour végétaliser l’alimentation et transformer les systèmes agricoles. Plusieurs de ces propositions convergent avec les objectifs de l’agriculture paysanne : autonomie, diversification, relocalisation et revenu digne.

Vtopia entend contribuer à cette transition en développant une agriculture végétalienne sur sol vivant et en recherchant des modèles agronomiques et économiques reproductibles.

Végétaliser l’agriculture ne doit pas opposer les agriculteurs : cela doit leur ouvrir des possibilités pour produire autrement, réduire les pressions écologiques et continuer à vivre de leur métier.

Questions fréquentes sur la végétalisation de l’agriculture

Pourquoi faut-il réduire l’élevage ?

Parce que le système alimentaire doit réduire ses émissions, ses pressions sur les écosystèmes et l’usage des terres pour l’alimentation animale. L’ampleur de la réduction doit tenir compte des différences entre systèmes agricoles, mais la transition nécessite de diminuer la dépendance globale aux produits animaux.

Quel objectif de réduction de la viande Vtopia propose-t-elle ?

Vtopia propose une réduction d’au moins 50 % de la production et de la consommation de viande à l’horizon 2050. C’est un cap politique proposé par Vtopia, et non un objectif officiel fixé par l’étude belge de 2026.

Le véganisme pragmatique implique-t-il la disparition immédiate de tous les élevages ?

Non. Il vise à réduire progressivement l’exploitation des animaux en développant des alternatives concrètes, en transformant les systèmes de production et en tenant compte des contraintes réelles. Il n’exclut pas les étapes intermédiaires.

Les propositions de WALVEG sont-elles compatibles avec l’agriculture paysanne ?

Plusieurs propositions convergent avec les revendications de l’agriculture paysanne, notamment l’autonomie des fermes, la réduction de la dépendance aux intrants, la relocalisation, la diversification et le revenu digne. Cette convergence ne signifie pas que toutes les organisations paysannes approuvent l’ensemble du plaidoyer.

Que développe Vtopia ?

Vtopia développe des méthodes d’agriculture végétalienne sur sol vivant et étudie comment relier besoins alimentaires, cultures, rotations, fertilité des sols, transformation et commercialisation afin de construire des systèmes agricoles écologiquement soutenables et économiquement viables.